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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 17:53

Invité à couvrir la rencontre entre 200 députés européens et 15 de leurs homologues israéliens à Auschwitz, à l’occasion du 65éme anniversaire de la libération des camps, je suis parti lundi matin en Pologne pour la première fois de ma vie. 

Mon grand-père Zeev Magnichewer dont je porte le prénom né en 1900 dans un village de Pologne avait quitté assez jeune son pays natal pour, après bien des déboires, s’installer en France et obtenir la nationalité française.

Son appartenance à la « nation française » ne lui pas évité l’arrestation par des gendarmes français qui l’ont envoyé à Auschwitz par le convoi 35, qui a quitté la France le 21 septembre 1942 pour la Pologne.

Sur les 1.007 partants dont 163 enfants, 23 personnes ont survécu à l’enfer d’Auschwitz, destination de ce convoi.

Parmi eux mon grand-père, horloger de son état, revenu miraculeusement de l’enfer.

Affaibli par les privations et les mauvais traitements, il quitte ce monde en 1954, laissant une veuve éplorée et deux orphelins, ma mère zal et mon oncle.

Quand j’ai appris son histoire avec le peu de détails connus sur la manière dont il avait traversé les épreuves, j’avais peut-être dix ans.

Depuis, je n’ai cessé de m’intéresser à la Shoah, regardant des films, lisant des livres et plus tard devenu journaliste, écrivant sur le sujet dès que j’en avais l’occasion.

Aujourd’hui, à la veille de ma première visite sur les lieux de son supplice, j’espère pouvoir me rapprocher de lui, de son histoire, de mon histoire, de l’histoire de mon peuple.

 

J’ai décidé donc dans un premier temps de raconter ce voyage en direct sur mon blog, pour mes quelques lecteurs mais surtout pour moi, afin de laisser une trace de ce périple.

Je suis parti avec un guide israélien d’origine polonaise, kibboutznik et spécialiste des visites en Pologne et un journaliste de Yediot Aharonot, dont le grand-père a également été déporté à Auschwitz.

Ayant reçu tard nos billets, nous n’avons pas de places pour le vol direct vers la Pologne et devons faire une escale à Vienne.

Le voyage commence bien, nous n’avons pas encore quitté le sol israélien, qu’on nous demande en allemand de suivre des instructions…

Départ à l’heure précise comme on pouvait s’y attendre avec une compagnie allemande.

Dans l’avion, je relis les souvenirs de Noah Klieger, rescapé d’Auschwitz et doyen des journalistes de Yediot.

Son livre est une suite d’anecdotes plus terribles les unes que les autres sur son expérience de survie mais c’est avant tout l’un des documents les plus réalistes sur la vie à Auschwitz que j’ai lu dans ma vie.

A-t-il rencontré mon grand-père ? Ont-ils porté ensemble ces sacs de ciment de 50 kilos chacun ? Ont-ils vu mourir les mêmes personnes, terrassées par le travail, la faim et le froid ? Toutes ces questions me hantent et je cherche dans son texte une allusion à mon grand-père comme si ça pouvait lui redonner une existence.

Arrivés à Vienne, nous avons deux heures avant la correspondance et nous négocions avec un chauffeur de taxi turc, un aller-retour de l’aéroport vers le centre ville.

Dans un anglais hésitant, ce jeune immigré nous vante les qualités de « sa ville » essayant de nous arracher encore quelques euros.

Nous décidons d’un commun accord de lui laisser un pourboire et nous refusons qu’il s’asseye plus bas que nous comme c’est la coutume quand des israéliens rencontrent des turcs ces derniers temps…

Vienne, ville d’où venait ma grand-mère et dont j’ai rêvé une partie de mon adolescence…

Zweig, Schnitzler, Freud, Herzl, tant de noms glorieux de l’histoire juive qui ont vécu dans la capitale autrichienne et puis en me promenant dans ses rues, je me rappelle que ce pays est aussi celui d’Hitler et d’Eichmann.

Nous allons boire un chocolat dans un café viennois typique, avec des viennoiseries, des sacher torte et des chocolats dans la vitrine.

Bitte, Danke Shoen, Auf Wiedersien…la langue maternelle de ma mère mais aussi celle des assassins de notre peuple.

Les notes de « La marche de Radetsky » retentissent dans le café, un  vrai cliché pour les touristes, mais il faut repartir pour Cracovie.

C’est un minuscule avion à hélices qui en moins d’une heure nous emmène en Pologne, toujours avec une compagnie allemande

Emmenés en Pologne par des allemands, ça laisse un goût amer mais le voyage se déroule sans incidents malgré la météo.

Cracovie recouvert de neige, une jeune polonaise souriante nous accueille et nous conduit vers notre destination.

Quand je la questionne sur la météo, elle me rassure : « Hier, il faisait -25 mais aujourd’hui le temps se réchauffe, il fait seulement -15… ».

J’ai du mal à la croire, j’ai le sentiment qu’il fait -40…(« Attends d’être à Auschwitz pour te plaindre», me conseille notre guide).

Vingt minutes plus tard, nous sommes à l’hôtel à deux pas de la vieille ville et une heure après avoir atterri nous recevons des repas cacher du restaurant local amenés par un jeune juif orthodoxe parlant hébreu.

Notre guide nous suggère de ne pas nous promener avec la kippa sur la tête mais la question réelle est qu’à moins 15 degrés au soleil (car il fait beau), qui a vraiment envie de se promener ?

Demain, la délégation israélienne doit arriver puis les parlementaires européens venus de 42 pays différents.

Au programme, visite de l’ancien quartier juif de la ville puis un symposium sur l’antisémitisme et un dîner de gala.

Et puis mercredi, Auschwitz…

  

 

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commentaires

elicha 26/01/2010 23:17


joli texte!
j'ai juste un probleme avec l'appellation "assassins de notre peuple" pour les allemands. ils ne sont que les derniers en date.
avant eux il y en a eu pas mal, commencant par pharaon, passant par les croisades et l'inquisition...
on le dit d'ailleurs tous les ans le soir du seder.


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